Graphiste en Auto-Entrepreneur / Micro-Entrepreneur : inconvénients

Graphiste auto-entrepreneur : les inconvénients

Cet article fait suite à l’article « Graphiste en Auto-Entrepreneur / Micro-Entrepreneur : avantages » que je vous invite à lire si ce n’est pas déjà fait, en cliquant ici.

Dans ce nouvel article nous allons voir ensemble quels sont, selon moi, les inconvénients du statut d’Auto-Entrepreneur en tant que graphiste.

 

Les inconvénients du graphiste sous le statut d’Auto-Entrepreneur :

Pas de congés payés pour les Auto-Entrepreneurs :

En AE, vous êtes votre propre patron. Vous avez l’avantage de pouvoir partir en vacances quand vous voulez et autant de temps que vous le souhaitez. Malheureusement, contrairement aux salariés, vos congés ne seront pas rémunérés. Si vous partez en vacances 2 semaines, vous ne toucherez pas d’argent pendant 2 semaines. C’est pour moi l’inconvénient n°1. Pour palier à ça, il est important de bien calculer vos tarifs, et de prendre en compte dans votre calcul vos congés. Si vous avez fixé un taux de rémunération juste en fonction de vos charges et des jours/semaines de congés prévus, et que vous gérez bien vos finances, vous aurez de quoi vivre durant les jours ou semaines où vous ne travaillez pas.

Précarité, insécurité de l’emploi :

Comme tout professionnel à son compte, vous n’avez pas de sécurité de l’emploi, c’est ce qui rend le statut d’AE précaire. En effet, pour une raison ou une autre, du jour au lendemain vous pouvez vous retrouver sans client, et donc sans travail ni revenus. C’est surtout le cas durant les premières années d’activité, quand votre réseau professionnel n’est pas encore complètement en place. Vous avez peu de clients, et si ces quelques clients ne reviennent pas vers vous les semaines ou mois suivants, vous n’aurez plus de travail. Les premières années, il est donc important de prospecter toutes les semaines, et même tous les jours, afin de s’assurer du travail pour les semaines et mois à venir.

Avoir des clients réguliers, qui ont besoin de vous toutes les semaines, tous les mois est également important. De mon point de vue, mieux vaut avoir 4 ou 5 petits clients réguliers qu’un gros client ponctuel. Le gros client ponctuel vous fera peut-être gagner 2500€ en un mois à lui seul, mais il n’aura probablement pas besoin de vous le mois suivant, et vous devrez tenir avec ces 2500€ jusqu’à sa prochaine commande, si prochaine commande il y à, ou jusqu’à trouver un nouveau client. Alors que plusieurs petits clients réguliers (par petit client, j’entends clients qui vous payent des « petits montants » pour de « petites prestations », c’est à dire des prestations autour de 200 à 500€ par exemple) vous payeront un peu chaque mois. Mis bout à bout, plusieurs petits clients réguliers peuvent vous rapporter autant voire plus qu’un gros client ponctuel, et ce, sur plusieurs mois d’affilée. Au début de l’activité de graphiste en Auto-Entreprise, il est donc important de ne pas être trop tatillon sur le choix du client. Privilégiez quelques clients pour qui vous ferez des missions courtes, plutôt qu’un unique gros client pour une grosse mission de 2 mois (pour la création d’un site internet par exemple). Si du jour au lendemain un client décide de ne plus travailler avec vous, vous aurez encore vos autres clients. De plus, le gros client du site internet vous payera un acompte au début de la prestation, et le reste à la fin. Si il se passe 2 mois entre le début et la fin, vous n’avez aucune entrée d’argent entre l’acompte et la facture finale.

Pour la construction de votre réseau, plusieurs petits clients sont également plus intéressants qu’un seul gros client. En effet, admettons que ce mois ci vous vendez des « petites prestations » à 4 clients différents. Si ces 4 clients sont satisfaits de votre travail, ils vous recommanderont à leur propre réseau. Qu’est ce qui est le plus intéressant ? Etre recommandée par 4 personnes différentes auprès de leurs 4 réseaux différents ? Ou être recommandée par une personne auprès de son seul réseau ?

Vous l’aurez compris, pour s’assurer une sécurité de l’emploi, il est vital d’avoir une belle poignée de clients divers et variés. Petit à petit, et c’est ce qui s’est passé dans mon cas, vos clients réguliers vont vous recommander à leur propre réseau. Par exemple, vous avez fait 2 ou 3 missions pour le client X depuis 2 mois, si ce client X est satisfait (ce qui est surement le cas si il est revenu vers vous après sa première commande), il va parler de vous autour de lui (à ses proches, à ses contacts pros, à ses partenaires…), ou bien, c’est son réseau lui même qui va lui demander qui est ce super graphiste qui lui a fait du si bon travail ! Le client Y va un jour venir vers vous en vous disant que X lui a donné votre nom. Après une ou plusieurs missions, ce client Y satisfait parlera probablement de vous a son réseau, et un client Z viendra probablement vers vous un jour car vous avez été recommandé par le client Y ! Et ainsi de suite ! Grâce à ce premier client X satisfait, vous vous retrouvez donc avec 2 clients de plus, et une ouverture sur les réseaux de ces nouveaux clients ! Je visualise souvent mon réseau comme un arbre : d’un tronc peuvent pousser plusieurs branches, et ses branches peuvent ensuite créer d’autre branches. Lorsque votre réseau est varié, si une branche casse, il en reste d’autres !

Organisation, gestion de votre temps :

En temps que graphiste Auto-entrepreneur vous êtes votre propre patron, vous êtes donc libre de gérer votre temps comme vous le souhaitez. Si vous êtes quelqu’un d’assidu et d’organisé, vous n’aurez pas de problème à vous imposer des horaires de travail et à structurer vos journées et semaines efficacement. Si vous êtes quelqu’un qui à l’habitude d’un cadre d’entreprise structuré, vous risquez d’être perdu(e) lorsque vous vous lancerez à votre compte. Il va donc falloir vous adapter a ce nouveau fonctionnement, et trouver les solutions qui vous permettent de bien organiser et structurer vos temps de travail. Définir un temps pour traiter vos mails, un temps pour faire vos devis et factures, un temps pour le travail, un temps pour les rendez-vous, un temps pour vos pauses et votre vie perso, et plus globalement définir une heure de début et de fin de journée de travail. On a tendance à penser qu’un Auto-entrepreneur ne travaille pas beaucoup, qu’il va probablement commencer à 10h et finir a 15h30 pour aller faire ses courses, puisqu’il est libre de gérer son temps comme il le souhaite. Ça peut être le cas, mais c’est aussi très souvent l’inverse. En effet, et ça m’arrive d’ailleurs encore de temps en temps, quand le freelance ne s’impose pas de limites et de planning précis, il risque de se retrouver à travailler jusqu’à 19, 20, 21h ou plus pour boucler ou avancer au max un projet en cours, alors que rien ne l’empêche de s’arrêter à 17h pour reprendre le lendemain si il s’est bien organisé. En imposant bien les limites, à vous mêmes et à vos clients, et en vous organisant, vous ne devriez, en théorie, pas avoir besoin de travailler si tard.

Vous l’aurez compris, pour votre santé physique et mentale, il est important de vous imposer des horaires précis, et d’organiser chaque jour le travail à effectuer dans cette durée. Attention, je ne dis pas que vous devez vous forcer à faire du 8h-17h, ces horaires « d’entreprise » ne sont pas forcément adaptés à tout le monde ! Déterminez l’heure à laquelle il vous est confortable de commencer à travailler en fonction de vos propres besoin, et de vos obligations familiales si vous en avez (par exemple, je suis peu productive avant 10h du matin, donc je ne commence pas avant 10h !), et organisez votre travail dans cette période.

Travailler sans cadre horaire ni organisation précise peut vous convenir, mais attention, car à long terme cela peut mettre en péril votre activité et votre santé. Si vous choisissez d’être à votre compte, c’est peut-être pour vous libérer des contraintes vécues dans le cadre du salariat, d’avoir plus de liberté, de ne plus être « esclave » de votre travail, d’avoir plus de temps pour vous et/ou votre vie de famille. Si vous vous retrouvez à travailler tard et donc à empiéter sur votre temps de vie personnelle, vous risquez à terme de vous épuiser physiquement et/ou mentalement. Le « burn-out » n’est pas réservé aux salariés ! Les indépendants peuvent aussi y être sujets si leur travail ne leur permet pas de satisfaire leurs besoins primaires !

En structurant et délimitant correctement vos journées de travail, vous maîtriserez votre temps, et votre travail restera un plaisir (et/ou une passion) sur le long terme !

Compte bancaire dédié :

Depuis quelques années, un compte bancaire dédié exclusivement à vos entrées et sorties d’argent liés à votre activité est obligatoire. C’est à dire que vous ne pouvez pas encaisser vos recettes d’Auto-entrepreneur sur le compte bancaire que vous utilisez pour vos dépenses personnelles (courses, loyer, achats liés à vos hobbys, shopping, etc). En mai 2019, la loi PACTE revient sur cette obligation systématique, et vous pouvez continuer à utiliser un compte bancaire unique si vous ne dépassez pas 5000€ de CA annuel et 10000€ sur deux ans.

Je classe ce point dans les inconvénients car ouvrir un compte dédié à votre activité n’est pas si simple que ça. Beaucoup de banques vont vous imposer un compte pro ou un compte spécial AE, généralement plus cher qu’un compte particulier. Or, dans les textes de loi, rien ne vous impose un compte bancaire professionnel ni un compte AE. Vous pouvez tout à fait encaisser vos revenus d’AE sur un compte bancaire particulier du moment que vous n’y mélangez pas vos dépenses personnelles.

Pour ma part, au final c’est devenu un avantage plus qu’un inconvénient puisque ma banque ne m’a pas posé de problème lorsque j’ai décidé de faire de mon compte particulier mon compté dédié  exclusivement à mon AE. Je trouve bien plus pratique de dissocier les deux, même si ça implique de devoir me virer régulièrement mon « salaire » sur mon compte personnel. Au final, ce compte dédié me permet de garder une « réserve » d’argent, il y a toujours assez d’argent dessus pour payer les prochaines cotisations, et pour survivre en cas de crise !

Arrêt de travail et congé maladie :

Les Auto-Entrepreneurs ayant débuté leur activité avant le 1er janvier 2018 n’ont tout simplement pas le droit à des indemnités journalières en cas d’arrêt de travail. Afin de s’assurer une compensation financière durant un arrêt de travail, ces « vieux » Auto-Entrepreneurs devront souscrire à leurs frais à une mutuelle privée. Cependant, dans le cadre de la réforme du RSI (Régime Social des Indépendants qui est devenu la Sécurité Sociale des Indépendants, ou SSI), en temps que profession libérale non réglementée, les graphistes Auto-Entrepreneurs peuvent, s’ils le souhaitent, opter entre le 1er janvier et le 31 décembre 2022 pour les règles de protection sociale des travailleurs indépendants en effectuant certaines démarches.

Les Auto-Entrepreneurs affiliés à la SSI ayant débuté leur activité après le 1er janvier 2018 bénéficient naturellement des règles générales de protection sociale des travailleurs indépendants, sous certaines conditions.

Les conditions :

  • Être inscrits à la SSI (anciennement RSI) depuis au minimum 1 an
  • Être à jour dans le paiement de leurs cotisations sociales
  • Être en activité au moment de l’arrêt de travail
  • Avoir un revenu annuel supérieur à 3 862,80€ (le revenu pris en compte correspond au chiffre d’affaire après abattement de 34%), ce qui correspond à environ 5 852,7€ de CA déclaré.

Pour plus d’informations à ce propos, je vous invite à consulter l’article du Portail AutoEntrepreneur, en cliquant ici.

La retraite du graphiste Auto-Entrepreneur :

En temps que graphiste Auto-Entrepreneur, vous êtes soit affilié à la CIPAV (Caisse Interprofessionnelle de Prévoyance et d’Assurance Vieillesse) si vous avez une activité libérale en BNC, soit au RSI/SSI pour une activité de prestations de services BNC. Ces organismes gèrent vos droits à la retraite en fonction de votre chiffre d’affaires. Pour valider vos trimestres de retraite vous devez réaliser un chiffre d’affaire trimestriel minimum.

Pour valider 1 trimestre vous devez déclarer autour de 2 200-2 500€ de CA, pour valider 2 trimestres vous devez déclarer autour de 4 400-4 500€ de CA, pour valider 3 trimestres vous devez réaliser autour de 6 400-6 700€, et pour valider une année complète soit 4 trimestres vous devez déclarer autour de 8 900€ de CA. En bref, en dessous d’un certain seuil de chiffre d’affaires, vous ne cotisez pas pour votre retraite. Le statut d’Auto-Entrepreneur n’est donc pas idéal pour valider vos droits à la retraite, notamment à cause de l‘irrégularité des revenus dont nous avons parlé dans la partie concernant la précarité de l’activité. En effet, si un trimestre est en dessous du seuil minimum, vous ne cotiserez pas, vous retardez donc votre départ à la retraite.

Pour vous assurer une bonne retraite, il peut donc être utile de cotiser à une caisse de retraite privée en plus de vos cotisations d’AE/ME classiques.

J’espère que cet article, couplé avec celui des avantages du statut d’Auto-Entrepreneur pour les graphistes vous a aidé à y voir plus clair !

N’hésitez pas à réagir en commentaire ci-dessous. Selon vous, y a t-il d’autres points à ajouter à cette liste, et si oui, lesquels ?

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